En France, l’histoire orale se développe avec notamment le travail du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale aux alentours du début des années 1950, qui s’intéresse aux témoignages de Français libres, résistants, déportés et prisonniers de guerre. C’est, pour Florence Descamps, « l’acte de naissance officieux de l’histoire orale »1.
Il faut cependant noter que ce sont des entretiens qui ne furent pas enregistrés sur le plan sonore mais uniquement pris en note ou transcrits. Vincent Duclert indique qu’au moment de sa fusion avec le CNRS, le Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale avait recueilli plus de 3 500 témoignages2. L’IHTP3, fondé en 1978, sera l’héritier du comité.
L’arrivée du magnétophone à l’Élysée
Au début des années 1950, Vincent Auriol, président de la République Française, introduit le magnétophone à l’Élysée et enregistre certains de ses échanges. On peut retrouver cela dans les sept tomes du Journal du septennat4.
Durant la fin des années 1950, on retrouve des travaux comme ceux de Marcel Gillet qui entreprend une campagne d’entretiens non directifs visant les patrons, ingénieurs et mineurs des régions du Nord et du Pas-de-Calais. Dans les années 1960, le Service historique de l’Armée de l’air recueille les témoignages d’officiers, d’ingénieurs de l’armement et d’anciens ministres.
L’institutionnalisation : 1979-2005
Le 3 janvier 1979, la loi 19-18 promulguée redéfinit les missions archivistiques et les délais légaux concernant les documents d’archives. Dans ce même temps, on assiste à la création de l’Association Française d’Archives Sonores (AFAS).
En 1982, la section « Archives orales » est créée au sein de l’Association des Archivistes Français (AAF). En 1998, un projet émerge d’une collaboration entre le ministère de la Défense, le ministère de la Culture et de la Communication et l’Institut des Archives sonores.
Sous la direction d’Agnès Callu et d’Hervé Lemoine, une enquête nationale à destination des institutions possédant des archives sonores, audiovisuelles ou orales est lancée. Cela aboutira à la publication de sept tomes en 20055.
Extrait de Écrire l’histoire d’une entreprise, mémoire d’A. RICHARD, dir. N. CASTAGNEZ et A. SUSPENE, 2024.
Notes
1 DESCAMPS F., 2019, p. 45.
2 DUCLERT V., 2002, p. 75.
3 Institution d’Histoire du Temps Présent.
4 AURIOL V., 1970-1980.
5 CALLU A. & LEMOINE H., 2005.
Bibliographie
AURIOL V., 1970-1980, Journal du septennat (1947-1953), Paris, Armand Colin, 7 tomes.
CALLU A. & LEMOINE H. (dir.), 2005, Patrimoine sonore et audiovisuel français, entre archives et témoignages, guide de recherche en sciences sociales, Belin, 7 tomes.
DESCAMPS F., 2019, Archiver la mémoire. De l’histoire orale au patrimoine immatériel, Éditions EHESS, coll. « Cas de figure », 216 p.
DUCLERT V., 2002, « Archives orales et recherche contemporaine. Une histoire en cours », Sociétés & Représentations, 1 (n° 13), pp. 69-86.
